Joana et le fantôme au piano

 




Ce petit village du Portugal dont j'ai oublié le nom avait une drôle de réputation...

Tous les dimanches matin, lorsque la cloche de l'église retentissait, on pouvait entendre dans la rue du vieux moulin une jolie mélodie, toujours la même, qui provenait du deuxième étage d'une maison inhabitée depuis de nombreuses années.

Ce qui était curieux, c'est que tous les dimanches matin la fenêtre du deuxième étage de cette maison était ouverte sans que l'on sache qui l'avait fait. Le son qui en provenait remplissait la rue et les passants étaient heureux d'écouter le piano qui jouait pour eux. Ils s'arrêtaient parfois, puis repartaient.

Certains s'attardaient davantage. C'était le cas de la petite Joana qui aimait beaucoup la musique et rêvait de devenir une grande concertiste.

Elle s'imaginait déjà, habillée d'une très jolie robe, saluant un public attentionné et ému qui lui faisait une ovation.

Joana, comme tous les passants, se posait bien des questions.

Pourquoi cette fenêtre était-elle ouverte seulement le dimanche matin?

Pourquoi quelqu'un jouait-il du piano seulement ce jour-là ?

Pourquoi enfin, entendait-on toujours la même mélodie ?

Un dimanche, peu avant Noël, Joana se promena dans la rue du vieux moulin. C'était désert, car il était encore très tôt. Elle s'arrêta près de la maison de l'étrange musicien. La fenêtre était fermée ! La petite fille en fut très étonnée. Alors elle prit son courage à deux mains et alla frapper à la porte. Personne ne lui répondit. Elle insista. Personne !

Elle allait repartir, bien déçue, quand tout à coup, la porte s'ouvrit. Elle hésita, puis décida de monter un escalier étroit dont les marches craquaient sous chacun de ses pas. Elle avait un peu peur, mais sa curiosité l'emportait.

Arrivée au deuxième étage, elle s'aperçut que la porte était ouverte. La pièce était vide, à l'exception d'un piano et de son tabouret.

Tout à coup, Joana entendit des craquements sur le plancher comme si quelqu'un marchait. Son cœur se mit à battre très fort. La fenêtre s'ouvrit alors comme par magie. De nouveaux craquements sur le plancher se firent entendre, puis plus rien. Quelqu'un toussa mais Joana ne vit personne.

C'est à ce moment que les touches blanches et noires du piano s'enfoncèrent tour à tour, provoquant la merveilleuse mélodie qu'elle connaissait si bien.

La petite fille crut rêver. Ainsi, cette mélodie qu'elle entendait tous les dimanches n'était jouée par personne ?

''Si...par moi !''

La voix avait résonné dans la pièce. Un vieux monsieur était assis sur le tabouret et continuait de jouer.

''Mais qui êtes-vous ? demanda Joana.

- J'ai habité ici pendant de très nombreuses années, mais les gens de ce village ne s'en souviennent plus. Il y a si longtemps...'' soupira le vieil homme.

Joana le regardait avec surprise et sa peur avait disparu. Il ressemblait un peu au Père Noël avec sa belle barbe blanche et ses petites lunettes.

''Seriez-vous un... ?''

La petite fille n'osa pas continuer.

''Oui, tu as deviné. Je suis un fantôme. Personne ne peut me voir, à part toi. Sais-tu pourquoi ? dit-il.

- Parce que j'aime la musique plus que tout !'' répondit Joana.

Le fantôme se mit à rire de bon cœur et ajouta :

''Oui, et c'est pour ça que je t'aiderai à réaliser ton rêve.''

Joana était de plus en plus étonnée.

''Vous connaissez mon rêve ? demanda-t-elle.

- Bien sûr... tu veux devenir une grande pianiste. Viens, je vais te montrer !'' dit le fantôme.

La petite fille prit la place du vieux monsieur sur le tabouret. Comme elle connaissait la mélodie par cœur, elle n'eut aucun problème pour la jouer.

Tout à coup, elle s'arrêta.

''Pourquoi jouez-vous toujours le même air ?'' demanda-t-elle.

Le vieil homme parut triste. Il essuya même une petite larme.

''C'est la dernière mélodie que j'ai jouée sur ce piano. Par bonheur les déménageurs ont laissé ici ce magnifique instrument. Il devait être trop lourd.

Depuis, je ne peux m'empêcher de revenir et c'est plus fort que moi, je joue toujours la même chose. Pourtant je sais jouer bien d'autres mélodies... Ecoute !'' proposa le fantôme.

Le vieil homme se mit à interpréter des airs qu'elle ne connaissait pas. Des musiques toutes plus belles les unes que les autres.

Dans la rue, comme d'habitude, les gens s'étaient arrêtés. Ils étaient stupéfaits d'entendre de nouvelles mélodies. Peu à peu la foule se fit nombreuse.

A l'intérieur, Joana avait remplacé le vieux monsieur. Comme elle avait beaucoup de mémoire elle reprenait sans difficulté les mélodies que lui apprenait son cher ami le fantôme.

''Il va bientôt être l'heure... dit ce dernier, comme à regret.

- L'heure de quoi ? demanda Joana.

- L'heure de m'en aller, répondit le fantôme.

- Reviendrez-vous ? s'inquiéta Joana.

- A ton prochain concert ! Je te le promets ! dit le vieil homme.

- Et quand ce concert doit-il avoir lieu ? s'inquiéta encore la petite fille.

- Dans un an...pour ton anniversaire. C'est la première personne qui va entrer ici dans quelques instants qui te permettra de réaliser ton rêve. Au revoir... Ne t'inquiète pas, je serai là. Je te ferai un petit signe que toi seule comprendra...'' répondit le fantôme.

La petite fille fut un peu triste. Malgré tout, lorsque le vieil homme disparut, elle continua de jouer avec tout son cœur.

C'est alors que la porte s'ouvrit.

C'était monsieur le maire. Tout intimidée, Joana s'arrêta net.

Mais le maire la pressa de continuer :

- ''Continue petite ! Continue !''

Devant ces encouragements, Joana ne se fit pas prier.

Quelques personnes avaient suivi la plus haute personnalité du village et applaudissaient.

La petite fille salua son public. Son rêve allait prendre forme.

''Mais c'est le piano de monsieur Mille-feuilles ! s'exclama le maire.

- Monsieur Mille-feuilles ? s'étonna Joana.

- Monsieur Mille-feuilles était notre professeur de musique. Peu de gens s'en souviennent, mais moi je ne l'ai pas oublié reprit le maire.

- C'est un monsieur très gentil, vous savez... dit la petite fille.

- Tu es bien trop jeune pour avoir connu monsieur Mille-feuilles, répondit le maire en souriant.''

Puis regardant sa montre:

''Oh ! Je vais être en retard !''

Il ajouta :

''Tu peux venir ici tous les dimanches. Nous serons heureux d'écouter de nouvelles mélodies. Je ne sais pas qui jouait avant toi, mais il ne savait pas jouer grand chose...toujours le même air. C'était un peu lassant !''

On entendit alors un rire énorme dans la pièce.

- ''C'est monsieur Mille-feuilles, lança quelqu'un... Je reconnais son rire.

- Bien sûr ! répliqua la petite fille... C'est mon ami !''

Joana se remit à jouer. Chacun retourna à ses occupations.

Désormais, à tous les dimanches, Joana vient chez monsieur le maire pour prendre la clé de la maison de la rue du vieux moulin.

Elle n'en avait pourtant pas besoin, car monsieur Mille-feuilles, le gentil fantôme, savait ouvrir les portes mieux que tout le monde. Elle jouait pour lui des mélodies toujours plus belles. Le vieil homme lui prodiguait de précieux conseils.

Un an s'écoula. C'était l'anniversaire de l'enfant.

Partout dans le village, il y avait des affiches qui annonçaient son premier concert.

Ce soir-là, la petite fille avait une très jolie robe. Comme dans ses rêves, elle salua son public qui lui fit une ovation.

Quand elle commença à jouer, Joana aperçut monsieur Mille-feuilles qui était assit au premier rang.

Elle lui fit son plus beau sourire.

Son rêve s'était réalisé.

Merci www.pourtoi.net pour cette jolie histoire.


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